Récit de course
France LD 2006 par Hervé

Vendredi, la veille, il y a un peu de fébrilité au sein du camp fresnois. Doumé dévalise les stands de fringues et de diététique en prétextant les bonnes affaires. Eric révise ses temps de passage. Moi j’ai envie d’être dans le bain au plus tôt. Alain « l’onduleur » nous boude à la pasta party. Il n’y a peut être que Bruno ne montre pas de nervosité.

Samedi, il est 8h30. Les élites s’élancent. Pendant ce temps je barbotte avec Eric. La température me convient. A 8h40, c’est le départ de notre vague groupes d’âge. Les triathlètes ne semblent pas excités. Ca se passe sans baston de mon côté. Toute la natation se fait sans véritable effort. Buvant régulièrement l’eau du lac pour prévenir les crampes, je suis gêné sur la 2ème partie par le soleil de face et le manque de poisson pilote. Il faut souvent se la faire water-polo comme nous l’a enseigné le coach. A la sortie de l’eau, je me sens bien. Pendant que je me change, je vois Eric débouler en gueulant « J’ai froid ». Ensuite, c’est l’arrivée d’Alain qui me met une main aux fesses.

En vélo, nous sommes à peine sorti de la ville, que voilà déjà la 1ère difficulté. C’est le bonus des organisateurs par rapport à l’an dernier. Eric me rejoint déjà. J’ai peur pour lui quand je le vois monter si vite. Il a pourtant besoin de ça pour se réchauffer. Je le revois un peu plus loin puis je laisse chacun faire sa course à son rythme. Le ravito de Gérardmer est tenu par mes cousins. Ils me reconnaissent et m’encourage fortement en faisant passer pour le coureur local. Ca me fait du bien.

2ème boucle. Il reste 100m avant le 2ème col. C’est à ce moment, que la voiture ouvreuse nous double. Elle est suivie par la fusée Reinaldo COLLUCCI. Je lance à mes compagnons de route : « Y a une roue à prendre les gars ! ». Et me voilà parti à la poursuite du brésilien … sur 50m puis je profite du ravito. Je ne reverrai ma fusée que le lendemain en photo dans le journal.

Je suis à l’approche du col des Feignes, l’avant dernière difficulté. Et je n’avance plus. J’ai l’impression que le vent a toujours joué en notre défaveur et m’a usé. Je monte en ayant la sensation de ne plus avoir d’énergie. Alors pendant la descente, je prends le temps de m’alimenter et je me répète : « Hervé, il faut que tu récupères ». Plusieurs gars me doublent tant pis. La montée du dernier col se passe beaucoup mieux.

Je pars pour mon 1er tour de càp alors que le speaker chauffe les spectateurs en leur annonçant l’arrivée imminente du 1er finisher. Compte tenu de ma défaillance en vélo, je n’espère plus de perf chronométrique. Je pars donc prudemment. A la croisé des chemins j’aperçois Doumé qui n’est pas très loin de moi. Plus tard, j’apprendrai qu’il aurait pu « me manger » comme il dit si il n’avait pas crevé 2 fois. Les sensations sont bonnes pendant 10km. Et puis c’est de plus en plus dur. Je n’ai mal nulle part mais c’est le gros coup de moins bien. C’est à ce moment que je commence à me poser des questions. « Qu’est tu fais là ? », « Sport de taré ! », « Tu veux faire un ironman un jour ? Mais jamais tu pourras mon gars ! »… Et des envies gastronomiques commencent à me venir à l’esprit. Mes réflexions sont soudainement interrompues par un « Eh ! Enfoiré ! Tu’ dis plus salut ». Je viens de passer Alain le courtois. Il m’annonce qu’il veut abandonner. Je l’encourage et lui conseille de marcher si il faut. De mon côté, j’essaye de me ressaisir en pensant aux heures d’entraînement et à ceux qui m’encouragent. Aux ravitos c’est maintenant coca et chips. Petit à petit les sensations reviennent. Ouf ! Tiens je croise Eric en train de s’arracher. Quelques minutes plus tard, il me double expirant fortement et me crie de l’aider pour son dernier 3000. Lâchement, je me contente de l’encourager et de je le laisse à son finish. Ma fin de course se fait uniquement dans l’idée de confort. A cette vitesse, je double pas mal de monde. Ils ont certainement des tours de retard sur moi mais ça me remonte le moral de savoir que dans un état de fatigue avancé je peux avancer à une vitesse raisonnable. Et c’est enfin l’euphorie des derniers kilos. Je me permets même de griller le dernier ravito pour gagner de précieuses secondes. Sur les derniers hectomètres, je retrouve ma foulée d’un 10 bornes, je tape dans les mains des gamins. Je franchi la ligne content d’avoir été au bout tout en continuant à me demander l’utilité de la chose.

Derrière la ligne, je retrouve mes supporters et rapidement Eric puis Doumé qui veut encore me manger. J’avale quelques pâtes, pommes de terre et morceaux de fromage qui m’avaient tant manqués pendant la càp. Puis je pars profiter des masseuses en emmenant Eric qui se fait désirer.

218ème finishers en 8h23’, je suis agréablement surpris de me classer dans la 1ère moitié des GA S4.

Aujourd’hui, après 2 jours de récup’, je commence à réviser mon jugement sur ce sport de dingues. Je pense même que je vais reprendre une licence à Fresnes.

 


Rv

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